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Notre culture
 

Le chant des dunes, pas une légende

 

Histoire de la région

Les Reguibates

Les populations sahraouies regroupent essentiellement les Reguibate qui nomadisent à travers tout le Sahara Occidental et, au-delà, vers les centres caravaniers et marchés de Goulimine (Guelmim, Maroc), de Tindouf (Algérie) et de Atar (Mauritanie). Nomades avant tout, ces pasteurs ont pour principale richesse l’eau et le chameau. Celui-ci permettant de partir à la recherche de celle-là. Mais la rareté de l’eau et des puits imposent des conditions de vie extrêmement éprouvantes aux Reguibate et une connaissance parfaite du désert, voire un don inné d’orientation. En fait les Reguibate ont les qualités et les modes d’existence communs aux Touaregs et à toutes les populations nomades du Sahara. Mêmes conditions de vie, mêmes façons de se comporter : l’accueil et l’hospitalité, le respect de la hiérarchie sociale, la vie sous la tente, l’éducation des enfants, les divertissements, les coutumes du mariage, le rôle prépondérant de la femme dans le foyer dont elle dirige l’économie en conseillère écoutée.

Se désintéressant de la conception traditionnelle de vie des Reguibat, l’administration espagnole laissa l’assemblée des chefs de tribus (jemaâ) continuer à détenir les pouvoirs politiques et judiciaires.

La Marche Verte (Al Massira)
En 1963, d’importants dépôts de phosphates sont découverts à Boukraâ à 100 km au sud-est de Laâyoune et exploités par les Espagnols.

Dès 1965, l’Espagne se retire au sud du parallèle du Cap Juby (Tarfaya) et rétrocède en 1969 l’enclave de Sidi Ifni.

Par un coup de maître politique du souverain Hassan II, les provinces sahariennes de Laayoune, Guelmim ,Tan Tan, Smara et Boujdour ont été intégrées par le Royaume Marocain depuis 1975 suite à la Marche Verte de 350.000 volontaires , qui démarra du village de Tah le 6 novembre 1975 (à 30 kms an nord du camping) et aux accords avec l’Espagne et la Mauritanie. Par la suite, Rabat consentit bien des efforts afin de regrouper et intégrer dans les principales agglomérations du Sahara ces tribus sans cesse mouvantes. Des milliers de pionniers du nord du pays y furent dépêchés pour développer les différents secteurs d’activités publics et alimenter en main d’œuvre les projets d’envergure essentiellement liés à l’industrie du phosphate et de la pêche, véritables enjeux économiques de la région. Avec des réserves estimées à 40 milliards de tonnes, soit près de 60% des réserves mondiales, c’est la plus grande industrie extractive du Maroc. L’annexion des provinces du Sahara, avec leurs gisements potentiels importants, est venue considérablement enrichir le patrimoine national. Les phosphates font d’ailleurs l’objet d’un monopole d’état. La production actuelle place le Maroc en troisième place après les Etats-Unis et la Russie. Elle représente la première source de revenu du pays, devant le tourisme.

Depuis la Marche Verte, les provinces sahariennes du sud ont connu un développement démographique, économique et social sans précédent, résultat d’une priorité de la politique marocaine (sécurisation de la zone, avantages fiscaux, constructions de routes, ports et aéroports, mise en place d’usines de dessalement d’eau, de centrales électriques et d’hôpitaux, représentation de toutes les administrations, construction massive de logements et sédentarisation des populations locales, subvention pour moitié  des aliments de base).

Le milieu

La pluviométrie moyenne annuelle est de 51,2 mm avec de fortes variations selon les années.  Ces données sont valables pour la ville de Laâyoune, situé à 25 km de l’océan et qui bénéficie de l’influence bénéfique de l’alizé maritime. Le rythme d’une ou deux années sèches pour une année humide semble classique. Les pluies s’étalent essentiellement de novembre à mars.

Par la proximité de l’océan et le courant froid des Canaries, le régime thermique est modéré avec de faibles amplitudes au cours de l’année ainsi qu’entre la nuit et le jour. La température moyenne annuelle est de l’ordre de 23°, la maximale autour de 38 et la minimale de 8. Les mois de novembre à février correspondent à la saison sèche.

L’évaporation est intense avec un maximum de 180 mm environ au mois d’août, qui est le mois le plus chand et le plus venté.

Les vents dominants, de secteur nord-est à nord-ouest, soufflent très fort, sous forme d’alizées. Il tombe la nuit et se relève au matin, forcissant souvent en cours de journée et soulevant alors des nuages de sables et de poussières.

Le vent sec (« chergui ») souffle au moins 25 jours / an et essentiellement en juillet et en août.

Ces facteurs limitent la croissance des végétaux et la cause principale de l’ensablement.

Le climat de cette région est de type saharien à hivers chauds. Il existe cependant un gradient décroissant des précipitations et un gradient croissant des amplitudes thermiques d’E en O dû à la diminution de l’influence océanique, caractéristique des déserts côtiers subtropicaux.

Les oueds drainent les eaux de pluie mais ils restent à sec la majorité de l’année. Ils constituent cependant des zones de parcours assez fréquentées.

Les hamadas sont les formations majoritaires. Entrecoupés d’oueds et de cuvettes, ces plateaux sont constitués d’une plaque calcaire de plusieurs mètres d’épaisseur avec un sol rachitique ou inexistant.

Partie terminale du plateau calcaire, la zone côtière s’étend sur une largeur de 30 km environ le long de l’Atlantique et porte à partir de Tarfaya vers le sud un champ dunaire de 200 km de long et de 20 de large, très pauvre en végétation (des ‘salsola’ et des ‘zygophyllum’). Malgré la faible quantité de biomasse, ces végétaux, riches en eau et permanents, grâce à l’humidité relative importante, constituent des pâturages non négligeables pour les animaux, notamment en fin de saison sèche.

Les véhicules (Land Rover), utilisés massivement par les Espagnols dans cette exploitation, ont été rachetés, lors des réformes du parc automobile, essentiellement par les éleveurs de la région, ce qui explique qu’en grande majorité ils soient motorisés, et va influer de manière non négligeable sur la conduite des troupeaux.

Bénéficiant du courant froid des Canaries, la côte est très riche en poissons (sardines), crustacés (langoustes, homards) et céphalopodes (poulpes, seiches, calmars…). Cette richesse est restée préservée par l’isolement géographique et le manque d’infrastructures d’exploitation de ces régions.

Les Hommes Bleus

Dans le sud marocain, sous le double rideau du Haut Atlas et de l’Anti-Atlas, qualifiés de ‘derniers grands nomades du monde’ et descendant des conquérants d’Arabie, les hommes bleus se distinguent de ces autres nomades plus familiers que sont les Berbères du sud marocain et les Touaregs (Berbères d’origine eux aussi) du sud algérien : alors que ces derniers, dans leurs marches errantes, se maintiennent à quelques centaines de km des palmeraies et des centres de vie, les hommes bleus ont pour empire le désert entier. Pour vendre des chameaux, leur seul bien, à Tindouf, Goulimine et jusqu’à Marrakech, pour y acheter leurs provisions d’orge, de dattes, de sucre, de thé, ils viennent parfois des confins de la Mauritanie, parcourant par étapes, en quatre ou cinq semaines, mille, mille cinq cents et même deux mille kilomètres. Puis ils retournent à leurs maigres pâturages du sud, avant de repartir aussitôt pour un nouveau voyage. Ces grands raids qui les mènent aujourd’hui vers les marchés sont les derniers souvenirs des grands raids de jadis, plus romanesques et plus cruels, qui les conduisaient vers les caravanes et les villages à piller. Car le pillage était l’occupation traditionnelle, qui entrainait honneur et considération pour ces guerriers hautains et austères, rebelles à notre progrès et pleins de mépris pour lui. Des navigateurs perdus, capturés par ces corsaires du désert, puis vendus par eux aux marchés d’esclaves et rachetés contre rançon, furent les premiers à révéler au monde l’existence de ces conquérants. »Une race d’hommes, dirent-ils, d’une étrange couleur ». Et on les baptisa les Hommes Bleus.

Cette couleur, qui n’était pas en réalité l’attribut d’une race, était pourtant celle de leur peau. L’explication du mystère vint plus tard :le bleu était la couleur du vêtement et le vêtement déteignait sur la peau. Contrairement aux Arabes qui se rasent la tête, l’Homme Bleu garde toute sa chevelure, l’effrangeant seulement sur le front et la nuque. Cette imposante crinière noire est dissimulée en partie sous le chèche, ruban de cotonnade long de plusieurs mètres, roulé et torsadé, qui sert à la fois de foulard et d’écharpe. Mais le chèche a bien d’autres usages : lorsque l’Homme Bleu ne le porte pas sur la tête, il lui tient lieu de corde, de voile, de sac ou de ceinture, et d’oreiller pendant la nuit. Sur leurs visages bronzés par le soleil et bleuis par l’indigo, tous portent la barbe. Elle est un symbole. Autrefois, celui qui jurait de venger une offense se frottait la barbe de sang. Aujourd’hui, celui qui parle d’un homme qui a tout perdu esquisse le geste de s’arracher la barbe. Et jadis, dans certaines tribus, les peines infligées par le groupe à un chef de famille traitre ou parjure étaient par ordre de sévérité croissante : brûler sa tente, raser la tête de sa femme, et enfin couper sa barbe, châtiment si grave qu’il n’était pratiquement jamais appliqué ! Sur les épaules et le torse, l’Homme Bleu porte une chemise de cotonnade très ample, la dorraa ; souvent, il en met plusieurs l’une sur l’autre, car le meilleur moyen de se protéger contre la chaleur du désert est d’être très couvert. Chèche et dorraa sont d’une couleur bleu violacé, qui est en réalité de la teinture d’indigo. Autrefois importées  d’Arabie, les cotonnades bleues sont devenues plus prosaïquement de fabrication britannique et importées de Nigéria. Mais elles ont gardé la propriété de déteindre sur la peau, et à la longue de la pigmenter. La teinture d’indigo constitue en fait une remarquable protection contre le soleil. Et lorsque les Hommes Bleus ont été longtemps frappés par ses rayons trop ardents, ils se frottent le visage, les jambes, toutes les parties exposées avec leur chèche ou avec leur chemise.

Les Hommes Bleus  parlent tous un arabe aussi pur qu’au Yemen. Ce sont des Reguibat, descendant d’Ely ben Ahmed-le-Conquérant, ou encore des Maures ou des Aït Houssa. Ils ont une organisation beaucoup plus empreinte de démocratie que celle des Touareg, qui sont féodaux. L’unité de base de leur société est la tente, qui réunit le mari, la femme, les enfants et quelquefois des grands-parents. La polygamie est autorisée mais n’existe pratiquement jamais. Au-dessus apparaissent tous ceux qui sont issus d’un ancêtre commun : la sous-fraction. Puis la fraction de tribu et enfin la tribu elle-même. Le chef de la tribu (le caïd) et celui de la fraction (le cheikh, càd ancien) appartiennent presque toujours à une vieille famille et possèdent des biens importants. Ils ne règnent pas par la force mais par le pouvoir de  l’ascendant qu’il exerce sur les autres familles.

Le territoire dans lequel évoluent les Hommes Bleus est immense : tout le Sahara Occidental, du sud marocain au Sénégal, comprenant le Rio de Oro et la Mauritanie. Mais les grands déplacements ne peuvent se faire qu’en petit nombre : 30 à 40 personnes, une quinzaine de tentes et de dromadaires.

Pour ces chameliers qui ne peuvent voyager lourdement chargés, la tente doit être légère, facile à monter et à démonter. La tente est très basse à cause des bourrasques et les cordes de maintien longues pour donner à l’ensemble une certaine élasticité face au vent. Mais quand souffle le chergui, terrible vent de sud-est provoquant des tempêtes de sable qui dessèchent et recouvrent tout, on en est réduit à mettre à terre le piquet central et à s’accroupir au sol en attendant l’accalmie, sous la protection de la lourde étoffe faite de bandes de poils de chèvre ou de dromadaire (seuls les nomades riches la doublent d’une pièce d’étoffe blanche qui forme double toit). Le ciel prend alors une couleur jaune ; le chergui peut durer jusqu’à neuf jours. La tente est divisée en deux, le côté des femmes avec le matériel rudimentaire de ménage et de cuisine, et le côté des hommes avec les « matériel d’hospitalité », càd la théière, les verres, le pain de sucre, le petit marteau pour le casser. Le thé vert est en effet la boisson principale du nomade. Sa préparation se déroule selon un rite qui exige lenteur et soin. C’est l’homme le plus souvent qui en a la charge et c’est toujours un honneur. On croit que le thé est d’importation récente et aurait remplacé le café à la faveur d’une crise de production au Brésil. Venant de Chine ou de Ceylan, il était jusqu’encore très récemment fourni par le Nigéria britannique, comme les cotonnades. Il se prend très sucré, comme un sirop. On emploie même souvent l’expression « boire le sucre » de préférence à « boire le thé ». Et on en boit, du moins quand l’eau ne manque pas, des quantités extraordinaires. Un verre n’est rien, trois c’est la règle, six c’est encore mieux ! Une bouilloire reste en permanence à chauffer sur un creuset constitué de quelques pierres. Pourtant l’entretien du feu est difficile car le bois est rare dans les étendues désertiques. Tout le long de la route, on ramassera les branches mortes, sinon on se servira des crottes séchées de chameau.

Les travaux intérieurs, corvées de bois, soins à donner aux chèvres, tissage et réparation de la tente… ne laissent guère de temps aux femmes pour la vie sociale. Et l’existence est dure en général. A 20 ans, une femme est flétrie, à 40 ans un homme est souvent un vieillard. A la différence des Touareg chez qui la vie sentimentale existe, le désert laisse peu de temps, sinon aucun, aux romances. On se marie par raison, non par amour, et toujours à l’intérieur d’une même tribu. La fille pourtant n’est jamais mariée sans son consentement.

Le repas est frugal, presque toujours sans viande, le plus souvent une simple bouillie à base de semoule d’orge mélangée d’huile d’argan. Le lait, surtout de chamelle, devient l’unique aliment de la tribu lorsque les provisions de graines et de dattes sont épuisées. C’est le lait qu’on présente à l’étranger qui s’approche de la tente. On le lui offre non seulement pour obéir aux lois de l’hospitalité mais aussi par précaution, car le lait met les relations entre les hommes sous le signe de la blancheur et de la douceur et noue entre ceux qui l’ont partagé un lien aussi fort que celui du sang. Agité pendant des heures dans une peau de bouc retournée dont les poils ont été graissés et goudronnés, il deviendra du beurre, autre nourriture bénie.

Beaucoup de mystère entoure les origines du chameau d’Afrique. On suppose qu’il descend d’un ancêtre indien et qu’il arriva par la Syrie et l’Arabie au début de l’ère chrétienne. Il n’a qu’une seule bosse et son vrai nom est « dromadaire », mot d’origine grecque qui signifie « coureur » et les Africains l’appellent « méhari ». Il est moins lourd, plus haut sur pattes, plus rapide que le chameau d’Asie. Il a le poil plus court et plus laineux. Sa grande taille et son allure majestueuse en font un autre seigneur du désert. Le chameau vit vingt-cinq ans quand il travaille, presque le double s’il est libre, et la chamelle nourrit un an son chamelon. Sa réputation de sobriété est en grande partie une légende : c’est seulement au repos et dans les régions où pousse de l’herbe verte qu’il peut rester plusieurs semaines sans boire, car la verdure lui fournit l’eau nécessaire à sa subsistance. Dans une bonne pâture, sa bosse se gonfle et se durcit, car c’est là qu’il accumule ses réserves. Mais quand il travaille ou pendant la saison chaude, on la verra se ramollir, fondre et disparaitre. Il ne pourra rester plus de quatre jours sans eau et, à l’étape, devra faire sa provision comme une citerne, buvant en un seul jour 80 à 100 litres. Il est capable alors, avec deux cents cinquante kilos sur le dos, de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour à l’allure d’un homme à pied. Blasé, dédaigneux comme ses maîtres, auxquels il ne s’attache d’ailleurs jamais, il semble répugner son métier et lorsqu’on le charge pousse des grognements rauques et profonds (il « blatère »). Puis il se résigne.

Dans le désert, sous le soleil, un homme, sans eau, « sèche » en huit heures. Aussi, la guerba, outre en peau de chèvre, est-elle la pièce principale de l’équipement. Souple, solide, imperméable, elle maintient le liquide à une certaine fraicheur grâce à une légère évaporation. C’est une peau entière retournée et tannée au goudron et au beurre rance. La guerba, véritable jerrycan du désert, contient 20 à 25 litres d’eau.

Le reg est une vaste zone pierreuse qui s’étend à perte de vue. Il y a dans le désert bien plus de pierres que de sable. La marche y est rude pour le caravanier.

L’Homme Bleu est fervent musulman. Bien que le Koran impose de faire les ablutions avant la prière, les Hommes Bleus ne se serviront pas d’eau, trop rare dans le désert, mais de sable. « Se laver rend malade », disent les vieux nomades, et le sable, au contraire, sèche la transpiration. C’est seulement à l’arrivée au puits que les Hommes Bleus sacrifieront à l’hygiène et passeront à l’eau leurs extrémités ainsi que leurs vêtements. Les blancs du moins, jamais les bleus dont la couleur ne résisterait pas. A tel point qu’ils les enlèvent et les enterrent dans le sable quand il pleut.

Au camp, les femmes refont leur beauté : c’est la cérémonie de la coiffure et celle de l’application du henné. Le henné protège du « mauvais œil » ; c’est une vieille superstition, qui survit sans doute des anciennes religions berbères, mais reste vivace malgré l’Islam. Sans doute parce que le henné a une utilité pratique : il durcit la peau et les hommes eux-mêmes s’en frottent la plante des pieds pour marcher sans douleur sur le sable chaud et les pierres.

Le puits appartient depuis des temps immémoriaux à la tribu qui l’a découvert. Mais aucun droit coutumier ne peut s’imposer devant l’impérieuse nécessité de l’eau. La loi du désert exige même de partager, fût-ce au péril de sa vie, avec le voyageur égaré, ce qui reste dans les guerbas. Ainsi de sérieuses bagarres pouvaient-elles éclater, survivances de l’époque guerrière. Tout alors était fondé sur la violence, qui n’excluait d’ailleurs pas l’esprit de chevalerie. Violence, non férocité. Il ne s’agissait pas de tuer ses adversaires, mais de capturer leurs bêtes. Il était sans gloire et même honteux d’attaquer une caravane ou un village à la nuit, par surprise. On s’efforçait d’éviter l’effusion de sang et l’on cherchait d’abord à désarmer l’ennemi. C’est seulement lorsqu’il résistait qu’on le tuait en disant « bismillah », formule d’exorcisme destinée à éloigner les mauvais génies. Contrepartie de la violence,  et issu des mêmes causes qu’elle –hostilité de la nature et difficulté d’y trouver sa vie -, le sens de l’hospitalité lui a survécu.

L’erg, ce sont les dunes de sable, qui s’étendent à perte de vue. Paysage mythique du Sahara pour l’Occidental, le désert de sable a perdu beaucoup de ses secrets devant les chenilles des véhicules motorisés puis la prospection géologique systématique, mais il reste encore de grandes zones où l’Européen ne pénètre guère. Le soleil brûle. Pas d’ombre. Il fait 60 à 65 degrés ! Une caravane préfère toutefois l’erg au reg, car le sable retient l’eau et la végétation persiste plus longtemps que dans les pierres.

Les ergs demeurent rares dans le sud. Pour laisser la place à une troisième variété de sol, la plus dure, la plus aride, la plus hostile : la hammada. Vaste plateau de rochers noirâtres, sans aucun pâturage et sans eau, dont le relief accidenté rappelle qu’aux temps géologiques s’élevaient là des montagnes aujourd’hui usées par l’érosion.

Plus au nord, apparaissent les contreforts de l’Anti-Atlas et, à leur pied, les nombreuses oasis du jebel Bani, points de jonction entre le monde nomade du désert et les sédentaires de la montagne. Autrefois points d’arrivée des grandes caravanes venant du Soudan avec leurs cargaisons de noirs enchainés (ou marchés d’esclaves), ces palmeraies sont devenues, pour les nomades, des centres d’approvisionnement en dattes, en graines, en thé, en sucre, en huile et en étoffes, alors que les habitants des villages voisins viennent y chercher les chameaux amenés par les hommes du désert.

Dans la palmeraie, les ksariens accomplissent, avec des gestes traditionnels presque rituels, une des opérations les plus délicates et indispensables à la vie de l’oasis : la fécondation des palmiers. Ils montent pieds nus en s’agrippant au tronc pour introduire quelques brindilles à pollen dans le régime femelle. On ne laisse jamais en effet à la nature seule le soin d’assurer la fécondation des arbres qui sont la providence du Sahara. En même temps que l’ombre nécessaire à toute vie animale ou végétale, ils procurent des fruits dont les Marocains du sud font leur principale nourriture, des fibres avec lesquelles on tisse des nattes ou on confectionne des paniers ou corbeilles, de la bourre qui sert à fabriquer des cordes, du bois dont on fait les poutres maitresses des maisons. Le palmier dattier vit la tête dans le feu, mais il a besoin d’avoir les pieds dans l’eau. Il réclame à la fois du soleil ardent et une terre humide. Il est à l’image de ce monde du désert, dont l’eau constitue l’élément indispensable et vital. C’est pourquoi le maitre de l’eau est l’un des personnages les plus importants de l’oasis, sa charge se transmettant presque toujours de père en fils. La plupart du temps, c’est une source qui assure l’irrigation de la palmeraie. L’eau arrive aux parcelles de terre cultivée, qui sont séparées les unes des autres par des talus destinés à la retenir, au moyen d’un canal appelé « seguia ». C’est au maitre de l’eau de la répartir entre chacun des ksariens.

Dans la palmeraie, chaque année se tient le grand « moussem », le marché annuel qui se tient au printemps juste après la récolte du grain. Il dure officiellement deux à trois jours, mais se prolongera toute la semaine, car les Berbères de l’Atlas – et surtout les grands nomades arrivant du désert – restent toujours à l’oasis un peu plus longtemps que prévu. A l’origine le moussem était un lieu de pèlerinage religieux : on y venait prier sur la tombe d’un « marabout », saint du pays. Comme beaucoup de grands pèlerinages occidentaux, la fête sacrée est rapidement devenue prétexte à commerce et à divertissements profanes.

Marrakech constitue l’étape ultime de l’Homme Bleu, où il y écoule les dromadaires restants. Marrakech fut en fait autrefois le fief des Hommes Bleus. Cette ville naquit en effet du sud. AU XI ème siècle, des guerriers vêtus de bleu, au visage voilé, surgirent des sables du Sahara, franchirent la montagne et descendirent dans la plaine du Haouz au pied de l’Atlas. Ils s’y fixèrent et établirent un camp auquel les Berbères terrorisés donnèrent le nom de « Marroukech », qui signifie « passe et file », car il était prudent de s’en écarter. Le chef de ces guerriers venus du Sahara fonda la dynastie des Almoravides, fit du camp un grand marché, puis une ville, et ses successeurs plantèrent des palmiers tout autour en souvenir du Sahara qu’ils avaient quitté. Marrakech tomba ensuite sous la domination des Almohades qui mirent à mort le dernier des Almoravides et firent construire la célèbre mosquée Koutoubia, puis sous la domination des chérifs saadiens qui laissèrent des palais somptueux.